Catégorie : Quelles alternatives ?

« Les leaders religieux musulmans gagneraient à faire leur critique historique » (Omero Marongiu-Perria)

« Jeudi 3 décembre, Saphirnews publiait une tribune de mon ami et confrère Michael Privot, sous le titre « Aux musulmans, de l’urgence du débat sur le salafisme ». Je rejoins parfaitement le propos consistant à inviter les musulmans au débat intra-communautaire, non pas en catimini, comme le souhaitent certains coreligionnaires, mais au sein même de la société pour dépassionner enfin les débats sur l’islam.

« Aux musulmans, de l’urgence du débat sur le salafisme » (Michaël Privot)

« À la suite des attentats de Paris de ce 13 novembre, le salafisme est subitement devenu un sujet de préoccupation internationale. Serait-il responsable de la radicalisation des jeunes terroristes ? Faut-il l’interdire, expulser les imams radicaux, supposément salafistes ? Retour sur une problématique fondamentale que l’urgence médiatique n’a pas permis d’aborder de manière optimale, renforçant le sentiment de stigmatisation d’une partie des communautés musulmanes.

« Pour une autocritique musulmane constructive » (Omero Marongiu-Perria)

« On peut gloser à loisir sur la pertinence ou pas, pour les musulmans, de manifester publiquement et en masse leur désaveu de l’instrumentalisation de leurs sources scripturaires, mais il reste un fait ; les trois terroristes qui ont semé le chaos dans les locaux de Charlie Hebdo n’étaient ni des fous ni des illuminés. Leur massacre a été planifié, ils ont été préparés au maniement des armes, leur parcours jihadiste est connu, et ils ont abattu seize personnes en s’appuyant sur des sources scripturaires considérées comme authentiques par la masse des théologiens musulmans.

« Lettre ouverte au monde musulman » (Abdennour Bidar)

« Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

« L’adab et la formation de l’homme » (Makram Abbès)

« Le terme « adab » est polysémique. Il désigne aussi bien l’éducation que l’instruction, aussi bien les belles lettres que la sagesse, voire même la civilité, le savoir-faire. L’ensemble de ces désignations sont orientées vers l’idée de la formation de l’honnête homme, à la manière du modèle qui prévaut en Europe durant la renaissance. Il s’agit d’activer en l’homme, par l’étude des lettres, la bonhomie. Le savoir au sens strict reste conditionné par l’apprentissage du savoir vivre et du savoir faire. (…)

« Dieu et les mondes » (Abdennour Bidar)

« Le Dieu de Mohammed est d’abord une voix ordonnant à son envoyé de parler en son nom, de lire et de dire la parole divine : « Qoul ! », « Dis ! », « Dis : Je cherche la protection du seigneur des hommes (rabbi nnâs), roi des hommes (maliki nnâs), Dieu des hommes (ilâhi nnâss), contre le mal du tentateur » (CXIV, 1-4). Si le Coran parle de Dieu, de sa transcendance, de ses puissances, de sa miséricorde, il le fait comme si c’était Dieu même qui s’exprimait au sujet de lui-même.

« Quels usages de la raison pour la connaissance et la conduite spirituelles ? » (Abdennour Bidar)

« L’appel à la réflexion est un des thèmes les plus récurrents du texte sacré des musulmans. Sans relâche, il attribue à Dieu un discours qui oblige l’homme à réfléchir sur ses « signes ». L’univers entier est ainsi décrit comme un univers de signes, un livre de méditation sur le mystère de l’apparition même de l’être. Chaque verset est un signe de Dieu, autrement dit une invitation à réfléchir. En exhortant l’homme à se placer face à la nature, et face à sa propre nature, le Coran enjoint l’homme non pas à croire en un hypothétique au-delà – sur lequel notre raison est impuissante à dire quoi que ce soit – mais à construire des interprétations scientifiques du réel.

« La fidélité dans le mouvement » (Souleymane Bachir Diagne)

« Les masses n’aiment pas la raison ? Pourquoi donc ne pas rester entre soi, à pratiquer la discipline de l’arcane selon la tradition des falāsifa et des soufis, entre « bons esprits » ? Tout ce que demandait Averroès, c’était que la communauté en général fût protégée de la philosophie et les philosophes de la misologie (haine de la raison) des foules. (…) Afghani est avant tout un réformiste qui ne peut s’en tenir à la séparation entre une élite, naturellement cosmopolite parce qu’elle parle le langage universel de la démonstration, et des masses qui seraient constitutivement enclines à détester ce langage et à se crisper sur une fidélité de répétition.