Dates et méthodes de calcul du mois de Ramadan 2026 (Anne-Sophie Monsinay)
Tous les ans le même débat émerge au sujet de la détermination du mois de Ramadan. Il est souvent présenté de manière simpliste entre les partisans du calcul astronomique et ceux de l’observation du premier croissant de lune. Or, si le calcul astronomique est juste, ce qui est indéniable aujourd’hui, la vision ne ferait que rejoindre l’observation. Il ne devrait donc pas y avoir de divergences. En réalité, le réel débat ne porte pas sur le choix de la vision ou du calcul mais plutôt sur le fait de savoir et se mettre d’accord sur ce que nous calculons ou observons.
La méthodologie dite « du calcul » prend en compte l’apparition du premier croissant de lune n’importe où dans le monde, alors que les partisans de l’observation constatent la présence du croissant de manière locale, à l’échelle d’un pays. Selon la localisation du pays, il pourra y avoir une différence d’une journée. La véritable question est de savoir si nous devons nous référer à la présence du premier croissant mondial, indépendamment de son lieu d’apparition, ou à celle du premier croissant local, dans notre pays. Ces deux modalités peuvent se calculer à l’avance ou s’observer. Selon les mois, les deux calculs peuvent se rejoindre sur la même journée ou diverger d’un jour.
Quelle méthode préconise le Coran ? Bien évidemment, la réponse n’est pas tranchée puisque la seule possibilité à l’époque du Prophète était d’observer le croissant de lune, ce qui correspond au calcul local. Cela ne signifie pas pour autant que le calcul mondial ne peut être envisagé. Etant donné qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse, jamais une instance ne pourra prétendre en choisir une pour l’ensemble des musulmans, ni même d’un pays. Ce choix ne peut être qu’individuel, en analysant les différents arguments en faveur de l’une ou l’autre option. L’essentiel étant de faire le choix d’une méthode de calcul et de s’y tenir au minimum pour le mois entier et éviter ainsi – comme on l’observe malheureusement trop souvent dans les décisions de certaines instances – de démarrer le mois en suivant une méthode de calcul et de le finir selon une autre méthode.
Les différentes méthodes de calcul aboutiront à une divergence pour le début du mois de Ramadan. En revanche, la date de l’Aïd sera commune pour tous quel que soit la méthode de calcul.
1) Le calcul mondial (début du mois de Ramadan en France : mercredi 18 février 2026 ; Aïd : vendredi 20 mars 2026)
Cette méthodologie calcule l’apparition du premier croissant n’importe où dans le monde, sans tenir compte de la présence de ce dernier dans notre pays. Avec cette méthode, lorsque le début du jeûne est décrété, il est fréquent que le croissant lunaire ne se trouve pas encore dans le ciel pour un pays européen ou du Proche Orient (et parfois également l’Afrique). Cette méthode a l’avantage de fixer une même date de début et de fin de jeûne pour toute la planète mais elle ne tient pas compte des phases astrales locales. En cela, elle est déconnectée de la méthodologie du Prophète et des recommandations coraniques mettant en avant le lien à la nature. Cette année, le croissant de lune sera visible avec une aide optique le 17 février uniquement sur une petite partie de l’ouest des Etats-Unis.
2) Le calcul local ou l’observation (début du mois de Ramadan en France : jeudi 19 février 2026 ; Aïd : vendredi 20 mars 2026)
L’observation du premier croissant de lune dans un pays correspond au calcul de l’apparition de celui-ci dans ce pays. Cette méthode permet à la fois d’appliquer la technique suivie par le Prophète et de prévoir à l’avance les dates de début et de fin du mois de Ramadan. En revanche, elle ne permet pas une cohésion au niveau mondial puisque, selon la position des pays sur le globe, tous n’auront pas le croissant présent au même moment. Il y aura une divergence d’une journée selon les pays.
Toutes les pratiques prescrites par le Coran sont reliées aux astres. Nous suivons un calendrier lunaire pour déterminer nos mois. Les prières et les horaires de jeûne correspondent au cycle solaire et à ses différentes stations. L’islam est une religion qui vise à nous relier en permanence à la nature en nous invitant à une perpétuelle contemplation de celle-ci. Notre corps et notre âme sont unis à ces astres qui agissent sur nous sur le plan biologique et spirituel. De la même manière que la détermination des horaires de prières se font sur les phases du soleil de chaque pays et chaque ville, il est logique qu’il en soit de même pour les phases lunaires déterminant nos mois. Puisqu’il n’a jamais été question de s’aligner aux horaires de la Mecque pour réaliser nos prières, pourquoi en serait-il autrement pour déterminer des mois ? En suivant un calcul mondial et le croissant de lune des pays voisins, nous nous décalons avec ce cycle naturel.
Pour ceux qui déplorent le décalage entre les pays, le croissant de lune est présent au même moment sur une large zone. Dans la grande majorité des cas, il apparaît en même temps à toute l’Europe et au Proche Orient, et dans de nombreux cas à l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient en même temps. Il n’y a donc pas de décalage entre les pays voisins. Ceux qui changent de pays pendant le mois de Ramadan suivront le croissant dans le nouveau pays pour déterminer la fin de leur mois de jeûne, de la même manière que nous adoptons les horaires de prière d’un nouveau pays lors d’un voyage.
3) L’approche bizonale (début du mois de Ramadan en France : jeudi 19 février 2026 ; Aïd : vendredi 20 mars 2026)
Cette méthode consiste à diviser le globe en deux blocs : l’Amérique et l’Asie d’une part, l’Europe et l’Afrique d’autre part. Lorsque le croissant lunaire est présent dans l’un de ces deux blocs, l’ensemble de la zone commence le jeûne. L’approche ici est plus « locale » que le calcul mondial tout en permettant une homogénéité au sein d’un continent. C’est celle préconisée par l’astrophysicien Nidhal Guessoum.
4) Le choix des Voix d’un islam éclairé
Pour des raisons pratiques, nous avons décidé au sein des Voix d’un islam éclairé d’opter pour une méthodologie afin de déterminer de manière cohérente les dates de début mais surtout de fin de mois de Ramadan notamment pour fixer la date de la prière collective de la fête de la rupture de jeûne (Aïd el-fitr). Il est important de préciser que chacun de nos membres est libre d’adopter une autre méthodologie, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. Il n’y a bien sûr pas de mauvaises méthodes, l’important étant d’être cohérent et de conserver la même approche pour déterminer le début de chaque mois, et ainsi ne pas se retrouver avec des jours de jeûne manquants ou en trop.
Nous avons choisi d’adopter la méthode du calcul local (2) car cette dernière nous semble plus en phase avec l’esprit du Coran tout en permettant de définir les dates à l’avance par le calcul. Elle permet également de réconcilier calcul et observation, cette dernière n’ayant pour but que de confirmer le calcul.
Selon cette méthodologie, on observe sur les cartes ci-jointes que le croissant lunaire ne sera pas visible en France, ni en Europe, ni en Afrique, ni au Proche Orient, ni en Amérique du Sud, ni en Asie le mardi 17 février 2026. En revanche, il sera visible en France et partout dans le monde le mercredi 18 février 2026. Le Coran indique que le jeûne doit débuter après l’observation du premier croissant lunaire (2 : 185 et 2 : 189). Le jeûne débutera donc le jeudi 19 février 2026 à l’aube.
En illustration les cartes de la visibilité du croissant lunaire les 17 et 18 février 2026.


