Catégorie : Khutba

Prêche #74 « Les figures du mal dans le Coran » (Anne-Sophie Monsinay, Aïd el-fitr, 20 janvier 2026)

Les entités coraniques évoquant le mal ou y étant associées font l’objet parfois de fantasme, parfois de perplexité, souvent de crainte et de méfiance. Le Coran utilise divers termes pour nommer ces entités associées au mal. Malheureusement, la théologie islamique a souvent gommé ces différences terminologiques pour réduire le mal à une entité : Iblis, le démon. Les djinns et autres démons sont alors perçus comme des exécutants de cette même entité, ayant pour objectif de tromper les humains et de les inciter à la faute pour les éloigner de Dieu. En plus d’être réductrice, cette vision déresponsabilise le croyant qui est alors victime d’une entité extérieure tentatrice, à laquelle il a certes succombé mais sans avoir en quelque sorte fait le premier pas. Bien évidemment, la compréhension spirituelle et symbolique fait ici défaut. Sans pour autant tomber dans l’excès inverse, à savoir ne réduire les entités coraniques dont il est question ici qu’à de simples symboles – car je suis convaincue qu’il existe bel et bien d’autres créatures que celles que nos sens humains peuvent percevoir – nous tenterons ici d’évoquer diverses approches afin d’appréhender ce que le Coran nous enseigne en évoquant ces créatures.

Prêche #71 « La retraite spirituelle en islam » (Anne-Sophie Monsinay, 16 janvier 2025)

Pour beaucoup, la retraite spirituelle est une pratique réservée aux soufis, aux initiés, à une sorte d’élite qui aurait choisi de se consacrer à Dieu avec une plus grande ferveur que les autres. Bien que l’orthodoxie sunnite ne l’ai pas retenue comme faisant partie des piliers de pratiques islamique, nous constatons que cette thématique est présente à de nombreuses reprises dans le Coran.

Prêche #69 « Pourquoi avons-nous peur de Dieu ? », (Omero Marongiu-Perria, 28 novembre 2025)

J’adresse mes louanges à Dieu, le Créateur du monde, le Miséricordieux en son Essence et dans ses actes ; Il est le Puissant (al-‘Azîz) et l’Aimant (al-Wadûd), le Juste (al-‘Adl) et le Généreux (al-Karîm). Il est le pourvoyeur de toute subsistance (al-Razzâq) ; Il a créé l’être humain (bachar : celui dont l’épiderme est apparent) tel le potier façonnant son objet à partir d’un savant mélange d’argile compacte (tîn lâzib), puis il lui a insufflé de son Souffle vital (rûh) afin de le transformer en Souffle animé, ou incorporé (nafs), et Il l’a relié à l’ensemble des règnes et des êtres dotés du Souflle (al-nasama), telle la brise du matin (al-nasîm) qui diffuse, de par le monde, l’énergie de vie. J’adresse mes salutations sur notre Noble Prophète, Muhammad, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui.

Prêche #65 « L’Alliance ou l’unité dans la pluralité », (Omero Marongiu-Perria, 25 avril 2025)

Cher·e·s coreligionnaires et cher·e·s ami·e·s je vous propose, dans ce prêche, d’explorer une
notion qui a été peu investie, au cours du temps, par les commentateurs du Coran et par les
théologiens. Pourtant, sa portée est très profonde et elle offre des pistes de collaboration
interconvictionnelles, pour la justice, très importantes au regard des défis à relever au sein d’un
monde qui voit resurgir, de toutes parts, les replis isolationnistes et exclusivistes. Dans le Coran,
deux termes expriment la notion d’alliance, ce sont ‘ahd et mîthâq ; on les traduit à la fois par
pacte et par alliance et, dans certains passages coraniques, ils se sont directement dans le
prolongement de la notion d’alliance telle qu’elle se trouve exposée dans le Premier Testament
de la Bible. Cette notion, qu’on peut décliner au singulier et au pluriel, englobe dans les textes
biblique et coranique deux dimensions en constante interpénétration. La première, téléologique
– c’est-à-dire orientée vers une finalité voulue par Dieu –, exprime le dessein de Dieu pour la
création et le salut de l’être humain dans l’au-delà. Elle renvoie à la compréhension du projet
divin et à la façon dont il s’incarne, à travers le temps, dans les sociétés humaines. De ce point
de vue, il revient à l’être humain de comprendre les commandements divins et de les mettre en
pratique, pour assurer sa place auprès de Lui après sa vie terrestre. Les croyants cherchent ainsi
les signes par lesquels le Tout-Puissant s’incarne dans le monde et leur trace une voie de salut
personnelle. Cette première dimension de l’alliance correspond donc à une sorte de réception,
d’appropriation et d’incorporation des attentes et des commandements de Dieu vis-à-vis des
êtres humains ; on peut la qualifier de “verticalité descendante” car elle est en lien avec le Dieu
qui se révèle.

Prêche #66 « La fête du sacrifice : quels sens et modalités pratiques aujourd’hui ? » (Anne-Sophie Monsinay, 6 juin 2025)

L’alliance abrahamique à l’honneur

La fête du sacrifice commémore le sacrifice manqué du fils d’Abraham. Cette fête est la plus importante de l’islam c’est pourquoi on l’appelle traditionnellement « la grande fête » (aïd el kebir). Ainsi, la fête islamique la plus importante ne rend pas hommage à Muhammad mais à une autre figure prophétique : Abraham. Cela peut paraître étonnant voir déroutant. En réalité, c’est parfaitement logique. Muhammad n’est ni le seul Prophète des musulmans, ni même le plus important. Il est seulement celui qui scelle une longue lignée Prophétique qui démarre par l’alliance conclue entre Dieu et Abraham. Un sceau n’est pas seulement ce qui termine un document. C’est surtout ce qui l’authentifie. Muhammad confirme l’alliance abrahamique tout comme le Coran confirme les Révélations antérieures.
L’islam n’existerait pas sans cette première alliance que Dieu conclue avec Abraham. Muhammad en est l’héritier spirituel et aussi, selon la tradition, l’héritier direct par son ascendance à Ismaël.

Prêche #64, « La colère de Dieu et des Prophètes » (Eva Janadin, Aïd el-Fitr, 31 mars 2025)

Chères sœurs, chers frères en humanité,

Le jeûne est un moyen puissant de développer la maîtrise de soi. En étant privé de certains besoins, on apprend à contrôler ses désirs immédiats et à prendre de la distance par rapport aux émotions impulsives, comme la colère, la frustration ou l’irritabilité. Le jeûne renforce notre capacité à agir consciemment plutôt que de réagir instantanément à nos émotions.