Catégorie : Théologie et philosophie

« La contrainte de la Loi peut-elle être libératrice ? » (Eva Janadin)

« La Loi divine (sunnat Allâh) n’est pas seulement une loi qui n’aurait pour but que de nous asservir dans une condition immuable sans possibilité de changer, mais que cette loi, par son étymologie arabe, inclurait l’idée de formation et d’aiguisement. C’est comme si l’Homme, en s’appropriant cette loi, cette nécessité de se perfectionner, l’incorporait à lui-même et ainsi devenait autonome pour créer de nouvelles lois.

« Ce que Dieu a légué à l’Homme » (Eva Janadin)

« Le Coran accorde une place très importante à l’Homme, nous invitant à méditer sur notre rôle dans la Création. En effet, plusieurs versets nous indiquent la manière dont Dieu créa l’Homme. Il ne le créa pas en un jour, cela se fit sur plusieurs étapes et sur une longue durée. Dieu donna à l’Homme un enseignement, une sorte de formation pour qu’Adam s’améliore et se perfectionne.

« Prendre le Coran dans sa globalité pour lutter contre l’extrémisme » (Eva Janadin)

« Suite aux terribles attentats qui ont encore frappé l’humanité et la vie, il est nécessaire d’agir pour réformer l’islam. Il faut repenser l’islam afin qu’il ne soit plus possible de tronquer et trahir le texte coranique. Mais comment faire ? On se sent si petit face à ces forces qui nous dépassent. Pour réfuter le discours de ces terroristes islamistes, le réflexe est souvent de brandir d’autres versets ou partie de versets pour réaffirmer l’humanisme et le pacifisme de l’islam.

« L’adab et la formation de l’homme » (Makram Abbès)

« Le terme « adab » est polysémique. Il désigne aussi bien l’éducation que l’instruction, aussi bien les belles lettres que la sagesse, voire même la civilité, le savoir-faire. L’ensemble de ces désignations sont orientées vers l’idée de la formation de l’honnête homme, à la manière du modèle qui prévaut en Europe durant la renaissance. Il s’agit d’activer en l’homme, par l’étude des lettres, la bonhomie. Le savoir au sens strict reste conditionné par l’apprentissage du savoir vivre et du savoir faire. (…)

« Dieu et les mondes » (Abdennour Bidar)

« Le Dieu de Mohammed est d’abord une voix ordonnant à son envoyé de parler en son nom, de lire et de dire la parole divine : « Qoul ! », « Dis ! », « Dis : Je cherche la protection du seigneur des hommes (rabbi nnâs), roi des hommes (maliki nnâs), Dieu des hommes (ilâhi nnâss), contre le mal du tentateur » (CXIV, 1-4). Si le Coran parle de Dieu, de sa transcendance, de ses puissances, de sa miséricorde, il le fait comme si c’était Dieu même qui s’exprimait au sujet de lui-même.

« Quels usages de la raison pour la connaissance et la conduite spirituelles ? » (Abdennour Bidar)

« L’appel à la réflexion est un des thèmes les plus récurrents du texte sacré des musulmans. Sans relâche, il attribue à Dieu un discours qui oblige l’homme à réfléchir sur ses « signes ». L’univers entier est ainsi décrit comme un univers de signes, un livre de méditation sur le mystère de l’apparition même de l’être. Chaque verset est un signe de Dieu, autrement dit une invitation à réfléchir. En exhortant l’homme à se placer face à la nature, et face à sa propre nature, le Coran enjoint l’homme non pas à croire en un hypothétique au-delà – sur lequel notre raison est impuissante à dire quoi que ce soit – mais à construire des interprétations scientifiques du réel.

« La fidélité dans le mouvement » (Souleymane Bachir Diagne)

« Les masses n’aiment pas la raison ? Pourquoi donc ne pas rester entre soi, à pratiquer la discipline de l’arcane selon la tradition des falāsifa et des soufis, entre « bons esprits » ? Tout ce que demandait Averroès, c’était que la communauté en général fût protégée de la philosophie et les philosophes de la misologie (haine de la raison) des foules. (…) Afghani est avant tout un réformiste qui ne peut s’en tenir à la séparation entre une élite, naturellement cosmopolite parce qu’elle parle le langage universel de la démonstration, et des masses qui seraient constitutivement enclines à détester ce langage et à se crisper sur une fidélité de répétition.

« Le droit à l’interprétation est aussi la porte ouverte au pluralisme » (Souleymane Bachir Diagne)

« Comment sait-on quand il faut interpréter et quand il faut prendre les choses au pied de la lettre ? (…) Mais s’il advient entre (le texte et la raison) une apparence de contradiction, alors c’est signe qu’il y a besoin d’interprétation allégorique pour ramener ce qui est dit à sa vraie signification. (…) Le signe qui indique qu’il faut interpréter n’est pas aussi simple à percevoir que dans le cas de la contradiction apparente entre texte et raison, voilà pourquoi l’esprit de démonstration ne s’acquiert, selon Averroès, par la formation philosophique que s’il est d’abord dans la nature de l’individu. (…)