« Une mosquée progressiste à Paris aura son protagoniste féminin » (Lucas Neves, Folha de S. Paulo, 16 juillet 2019)

« Pour des raisons de sécurité, les initiatrices ne divulguent pas l’adresse et évitent les sessions photos. Un endroit de culte dans lequel hommes et femmes musulmans prient librement – sans espaces délimités pour les uns ou les autres – où la direction de la prière s’alterne entre voix féminines et masculines et le voile est une option. Voici les contours de la mosquée « spirituelle et progressiste » que Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, toutes les deux trentenaires, se préparent à ouvrir en septembre à Paris.

Pour des raisons de sécurité, elles ne divulguent pas l’adresse et évitent les sessions photos. Mais Janadin nous a parlé au téléphone sur le projet et sur l’actuel configuration de l’islam en France. « Il y a une perte du sens spirituel de la religion aujourd’hui. On accomplit certains rites sans penser à quoi ça fait référence », dit-elle. « Un autre problème est le dogmatisme de courants comme le chiisme ou le sunnisme qui croient être les porte-paroles du véritable islam, éliminant la pluralité théologique. » Pour Janadin, il est nécessaire de montrer l’éventail des interprétations possibles du Coran et de « lutter contre l’obscurantisme, qu’il soit exprimé par la violence ou par la superstition. » « Nous devons changer la manière de concevoir la religion. Elle ne doit pas gérer les sphères sociales et politiques », affirme la co-auteur du projet, qui s’est convertie à l’islam il y a environ dix ans.

« La croyance est un chemin initiatique intime, elle n’a pas besoin d’avoir une dimension identitaire, d’être exhibée dans la société. » Le progressisme que les créatrices désirent associer à cette initiative est en accord, selon Janadin, au Coran, « qui a établit des normes révolutionnaires pour l’époque [de la première diffusion, au VIIe siècle], avec la possibilité accordée aux femmes d’avoir droit à l’héritage. » Les leaders du projet, qui aurons aussi les fonctions d’imams, préfèrent ne pas parler d’une mosquée féministe. « Nous ne voulons pas être réduites à cela. Nous cherchons quelque chose de plus large, une refondation de la pensée religieuse. »

Les chiffres sont imprécis, mais on estime qu’aujourd’hui en France il y aurait plus de 4 millions de musulmans, le plus grand contingent d’Europe pour un pays qui n’est pas majoritairement islamique. Nous ne savons pas combien de personnes pratiquent. Les mosquées déclarées en territoire français sont au nombre d’environ 2000. Mais la mosquée Simorgh (nom d’un oiseau de la mythologie persane associée à la conscience) sera la première avec ces caractéristiques. « Nous devons améliorer l’image de l’islam et des musulmans. Montrer qu’ils ne sont pas un bloc monolithique de violence et radicalisme », affirme Janadin. Des projets similaires existent déjà à Berlin, Copenhague et aux États-Unis. Le « cadet » français va faire ses premiers pas de manière réduite : le culte aura lieu une fois par mois, dans une salle louée. L’idée est évaluer la demande (et de rassembler les ressources) avant d’avoir un siège définitif. « Nous vivons dans un pays dans lequel les espaces sont mixtes, soit-il dans les transports, les écoles ou les piscines. Les mosquées qui séparent toujours les hommes et les femmes créent un décalage par rapport à la réalité profane de l’entourage », conclut-elle. »

Lucas Neves (trad. française Andea)
Source : « Mesquita progressista de Paris terá protagonismo feminino », Folha de S. Paulo, 16 juillet 2019

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