« Prendre le Coran dans sa globalité pour lutter contre l’extrémisme » (Eva Janadin)

« Suite aux terribles attentats qui ont encore frappé l’humanité et la vie, il est nécessaire d’agir pour réformer l’islam. Il faut repenser l’islam afin qu’il ne soit plus possible de tronquer et trahir le texte coranique. Mais comment faire ? On se sent si petit face à ces forces qui nous dépassent. Pour réfuter le discours de ces terroristes islamistes, le réflexe est souvent de brandir d’autres versets ou partie de versets pour réaffirmer l’humanisme et le pacifisme de l’islam.

Du refus de tronquer le texte coranique

Aux versets violents que brandissent ces « jihadistes », on veut en montrer d’autres comme celui-ci (5:32) :

En vérité, celui qui aura tué un seul homme, sans que celui-ci ait commis un meurtre ou des dépravations sur la terre, est considéré comme s’il avait tué l’humanité tout entière, et celui qui aura sauvé la vie d’un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé la vie à l’humanité tout entière.

Pour répondre à cette volonté de montrer un islam de paix et de tolérance, les terroristes justifient leurs actes en brandissant par exemple cet autre passage (59:2) :

Ils s’imaginaient que leurs forteresses les défendraient contre Dieu, mais Dieu les a surpris là où ils ne s’y attendaient pas. Il a jeté la terreur dans leurs cœurs de telle sorte qu’ils démolirent leurs maisons de leurs propres mains et de celles des croyants. Réfléchissez donc ! Ô vous qui êtes doués de raison !

C’est sans compter le fameux « verset du sabre » (9:5) qui ordonnerait de tuer les associateurs largement utilisé par les terroristes islamistes pour justifier le meurtre religieux :

À l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous le trouverez : capturez-les, assiégez-les et dressez-leur des embuscades. Mais s’ils se repentent, s’ils font la prière, s’ils s’acquittent de l’aumône légale, alors laissez-les en paix. Dieu est Celui qui pardonne. Il est Miséricordieux.

Si en effet il est plus que nécessaire de montrer les autres passages coraniques qui viennent contredire les actions des terroristes, pour prouver que ceux-ci ne cherchent qu’à sélectionner les passages qui les arrangent en les décontextualisant, il est aussi nécessaire de ne pas s’arrêter là et d’aller plus loin.

En effet, pour déconstruire jusqu’au bout le discours islamiste, il faut comprendre que ce n’est pas une interprétation différente et tolérante d’un verset qui va décrédibiliser les extrémistes religieux. Ils trouveront toujours le moyen de considérer que leur interprétation est aussi valable qu’une autre, car ils se voient réellement comme étant sur la voie droite, guidés par le Bien quitte à massacrer des innocents si ceux-ci le méritent selon leurs propres critères d’interprétation. Il ne faut pas tomber dans une guerre d’interprétations sans fin, qui reviendrait à opposer deux camps agrippés à la certitude qu’ils détiennent LA vision juste de l’islam, prétendant savoir ce que C’EST l’islam. Cela reviendrait à essentialiser le texte et l’islam, ce que précisément font les islamistes. Ainsi, il est nécessaire de ne jamais décontextualiser un verset, de le retirer de son contexte historique et littéraire, pour justifier ses actes. Faire cette sélection revient à ne pas prendre le Coran dans sa globalité et son unité littéraire et ainsi à aplatir et tronquer le texte. Il est difficile de faire ce travail et de ne pas se laisser tenter par l’injonction d’un verset pour se justifier, mais il est nécessaire de faire l’effort de ne pas tomber dans le piège de l’essentialisation.  

Un paradoxe permanent

L’objectif serait plutôt de reconsidérer autrement le Coran : non pas comme un ensemble de réponses à sélectionner « à la carte », mais un texte qui incite son lecteur à se questionner et à discerner différents éléments d’un problème, différents choix de résolution sans jamais donner une réponse définitive. En nous donnant une multitude de cas particuliers, le Coran nous incite non pas à choisir et à figer une définition du Bien et du Mal, mais il nous pousse à faire un mouvement de pensée : celui du raisonnement et du discernement. Ainsi, le fait de ne pas prendre le Coran dans sa globalité paradoxale et de ne sélectionner que certaines parties du texte revient à le tronquer et l’aplatir. 

Les versets coraniques doivent être replacés à la fois dans leur contexte historique et dans leur contexte littéraire. Or, les partisans d’un islam violent affirment haut et fort que leurs actes violents sont justifiés sous prétexte de la règle de l’abrogeant/abrogé (2:106) :

Nous n’abrogerons aucun verset ni n’en ferons effacer un seul de ta mémoire sans le remplacer par un autre, meilleur ou semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Puissant sur toute chose ?

L’interprétation rigoriste affirme que, d’après cet extrait, les versets les plus récents seraient les seuls valables, effaçant une grande partie des versets pacifistes révélés pendant la période mecquoise. Or, cette théorie anéantit toute la richesse du texte qui justement n’a pas l’intention d’être homogène, immuable et monolithique.

L’autre nécessité est de ne pas considérer le Coran comme un ensemble de normes auxquelles il faudrait obéir. Le risque étant d’abord de rentrer parfois en contradiction par rapport à d’autres passages coraniques, car faire le choix d’obéir à une seule norme et pas une autre, c’est figer l’interprétation et ainsi dénaturer le texte en le tronquant.

Plutôt que de supprimer par facilité des éléments du texte pour ne montrer qu’un Coran uniforme allant dans son sens, pourquoi ne pas essayer de faire fonctionner toutes ces antinomies ensemble ? Il s’agirait d’appliquer le principe de la dialectique qui consiste à discuter et à opposer des arguments contradictoires (thèse et antithèse) mais qui pourraient se réunir au sein d’une synthèse. La synthèse est l’action de poser ensemble, de réunir deux thèses. Le furqân (le discernement, le fait de séparer et distinguer plusieurs éléments) permet de présenter les différents éléments d’un problème en vue de le résoudre. Il s’agit de discerner les différentes solutions qui sont bonnes ou mauvaises, non pour autrui car cela revient à lui imposer son choix, mais pour soi, pour sa pratique religieuse et pour tous les autres domaines de la vie. Le texte coranique nous offre une grande variété de choix, à chacun de faire celui qui lui correspond le mieux à un moment donné et ce avec responsabilité.

Par la dialectique, le dialogue et la discussion rationnelle avec soi-même, il s’agit de faire fonctionner ensemble, de faire converser et interagir de façon dynamique toutes les antinomies : comment passer de l’une à l’autre ? Quel est le sens de ce mouvement paradoxal ? Et surtout quelle fut l’intention divine de nous retrancher dans le paradoxe permanent ?

Par exemple : un verset affirme que (13:11) :

Dieu ne change pas ce qui est en un peuple tant que les Hommes ne modifient pas ce qui en eux-mêmes. Lorsque Dieu veut infliger un mal pour un peuple, nul ne peut le repousser, et ils n’ont aucun protecteur en dehors de Lui.

Puis on lit dans un autre verset (16:93) :

Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais Il égare qui Il veut et Il dirige qui Il veut. Vous serez interrogez sur ce que vous faisiez.

Alors que le premier verset semble affirmer que l’Homme est libre et maître de son destin, que lui seul peut changer les choses, comment comprendre que le second montre un Homme sans pouvoir sur sa destinée ? On ne peut pas choisir l’un ou l’autre. Le Coran nous interpelle et nous demande de faire fonctionner ensemble ces versets : Dieu nous incite à réfléchir, à trouver une solution. Il ne s’agit pas nécessairement de résoudre le paradoxe, ou de trouver un juste milieu mais de penser la complexité pour que notre esprit ne se pose jamais sur quelque chose de fixe et immuable.

Le but du paradoxe

Aucune réponse définitive n’est donnée dans le Coran à partir du moment où nous prenons le texte dans sa totalité. Tout est paradoxe. Le but n’est pas de trouver une sorte de fade compromis mais de nous forcer à faire ce mouvement d’interrogation et de discussion entre différents éléments, sans jamais faire un choix définitif, et de toujours agir en fonction de son contexte.

Le but est de s’imposer à soi-même une discipline rationnelle de discernement : montrer que le Bien et le Mal ne sont pas des notions figées de tout temps mais qu’elles varient en fonction des époques, des sociétés et des espaces. Le message semble être plutôt de nous enseigner une certaine disposition de l’esprit humain : la dialectique, le débat, la discussion rationnelle avec soi et avec les autres, et surtout : le mouvement et l’innovation perpétuelle. Il n’est pas question de donner des réponses définitives aux problèmes de l’Homme.

En outre, les théologiens les plus classiques ont toujours estimé qu’une tension et un écart existait entre la parole céleste et le texte coranique (13:39) :

Dieu efface ou maintient ce qu’Il veut. La Mère du Livre se trouve auprès de Lui.

Ainsi, il existerait une différence de nature entre le livre et la Parole divine. Cette dernière a été filtrée par les Hommes, car il existe toute une série d’intermédiaires entre la Parole divine et le texte coranique mis par écrit par les sociétés. Or, comment la Parole de Dieu pourrait-elle être figée par écrit, action proprement humaine ?

Le Coran n’est pas un texte figé, c’est une parole vivante, qui interpelle le lecteur. Le Coran n’est pas un ensemble de réponses, il questionne. Il donne toutes les possibilités, tous les choix possibles au croyant qui doit par son discernement choisir avec responsabilité la voie droite qu’il veut suivre en fonction des problèmes qu’il doit résoudre. Rappelons en outre que le terme arabe qur’ân signifie avant tout récitation orale et non écriture et fixation d’une lettre. La Parole divine serait l’Esprit de la Loi fixée par la lettre du texte coranique, cette dernière ne pouvant pas restaurer toute l’intention divine et la pluralité de sens. On lit d’ailleurs dans le Coran cette impossible égalité entre la Parole divine et le texte coranique (18:109) :

Si la mer était une encre pour écrire les paroles de mon Enseigneur, la mer tarirait certainement avant que ne tarissent les paroles de mon Enseigneur, même si Nous apportions encore une quantité d’encre égale à la première.

Tout est affaire d’interprétation car le texte ne parle pas de lui-même, il faut le faire parler. Pour Fazlur Rahman (m. 1988), la Parole coranique est bien une « pure Parole divine » mais elle a été « filtrée » par l’esprit du Prophète. La méthode d’approche du Coran par ce savant est profondément une méthode d’interprétation historiciste, il l’appelait l’herméneutique du « double mouvement ». En effet, il convient de prendre en compte à la fois le contexte historique de la Révélation et la totalité du Coran. L’objectif est de retrouver l’intention divine, l’Esprit du texte plus que sa lettre et un contenu, des réponses. Ces principes fondamentaux (qui sont moraux et non juridiques) doivent ensuite être appliqués aux réalités présentes en s’éloignant du sens littéral. Ce dernier n’est qu’un support, un lieu d’incarnation de l’intention divine, de l’Esprit du texte. La lettre n’est qu’un moyen rhétorique pour parler à l’Homme, pour lui montrer, par des images fortes, ce qu’il doit suivre comme direction générale. Cet Esprit est une méthode à suivre pour le croyant, une discipline mais il ne dit rien de son contenu.

Pour Fazlur Rahman :

Le Coran est une Parole de Dieu, mais il est bien sûr en même temps intimement lié à la personnalité profonde du Prophète Mahomet avec qui il ne pouvait avoir une relation purement mécanique d’enregistrement.

Ainsi, c’est trahir le Coran que de choisir une interprétation définitive du texte. Tout dépend du contexte d’application du verset, comme le dit Abdelmajid Charfi (La Pensée islamique, rupture et fidélité, Paris, 2008) :

Le Livre fondateur, susceptible à l’origine d’une infinité d’interprétations, subit le sort commun à tous les textes sacrés : une tradition interprétative se crée et tend, par sa logique interne comme par l’effet des conditions historiques de son émergence, à se clôturer sur elle-même. Elle aboutit à un système idéologique d’exclusion. Dans le cas du Coran, cette tradition s’est pratiquement close, trois siècles seulement après le début de l’ère islamique. Aussi longtemps que les interprétations les plus audacieuses circulaient oralement, avec celles qui légitimaient l’ordre établi, le champ était libre pour une confrontation féconde des idées ; mais dès qu’on a commencé à composer des recueils, un choix était fait qui écartait le plus souvent les solutions « non orthodoxes », lesquelles ne sont pas forcément les moins valables intrinsèquement ou les moins biens fondées dans l’esprit et la lettre du texte. Tout un pan de l’édifice interprétatif oral est tombé progressivement dans le domaine de l’oubli ; pendant ce temps, les interprétations retenues dans les premiers commentaires coraniques accédaient à une sorte de sacralité dont elles étaient dépourvues à l’origine.

Ainsi l’interprétation a été figée par les traditionalistes musulmans, alors que le texte coranique au contraire semble prôner le mouvement entre des propositions qui paraissent antinomiques, que le croyant doit apprendre à concilier, à faire cohabiter.

L’effort permanent de l’équilibre

Le meilleur symbole pour comprendre cette manière de penser est le celui de l’isthme, de la frontière ou encore de l’intermonde : évoqués dans le Coran par le barzakh (isthme, monde intermédiaire) (Coran, 23:100 ; 25:53 ; 50:20), le bahrain (deux mers) (Coran, 18:60 ; 25:53 ; 27:61 ; 55:19), ou le personnage Dhû l-Qarnayn (celui qui a deux cornes) (Coran, 18:83-97). Je ne reviens pas (volontairement) sur les interprétations « académiques » de tous ces passages.

Je retiens seulement l’idée que le bahrain et qarnayn sont au duel, et qu’ils impliquent ainsi l’idée d’une complexité, tout comme l’isthme (barzakh) évoque la notion de situation intermédiaire du « à la fois » d’un côté et de l’autre. Il y a dans ce vocabulaire l’idée de frontière : qui a deux sens : l’idée d’une limite qui sépare mais aussi l’idée d’une possibilité de rencontre et d’échange, et de fonctionnement d’un système duel, équilibré et complémentaire.

Ainsi, l’Homme doit être en situation permanente de barzakh comme s’il avançait dans la vie tel un funambule, cherchant sans cesse un équilibre qui naît d’un effort constant, sans quoi il tomberait d’un côté ou de l’autre. L’Homme doit sans cesse se mettre dans une situation d’entre-deux pour éviter le manichéisme et la simplification et pour prendre du recul avec lui-même. Il doit toujours se mettre sur la limite, en situation intermédiaire, ni totalement dans une case, ni totalement dans une autre.

Le Coran, par ces images rhétoriques et ces procédés antinomiques, nous met dans cette situation déroutante, à la fois équilibrée et déséquilibrée. Il nous montre non pas qu’il faut choisir un côté ou l’autre, mais faire avec les deux et avec cette complexité dans une disposition de l’esprit volontairement complexe et hétérogène.

Le Coran, une méthode d’éducation à la complexité et au mouvement

Dans un entretien paru dans Q-News, n°220-221, juin 1996 (trad. Rachid Benzine), Abdolkarim Soroush rappelle cette nécessité que le Coran nous impose davantage une forme, un cadre de réflexion, une discipline de la raison et de l’esprit, plutôt qu’un fond et un contenu de normes à appliquer aveuglément :

Nous sommes toujours plongés dans un océan d’interprétations. Le texte ne nous parle pas. Vous devez le faire parler en lui posant des questions. Supposez que vous êtes en présence d’un homme savant, mais vous ne lui posez aucune question et il reste silencieux. Vous n’allez évidemment tirer aucun profit de l’avoir connu. Si vous lui posez des questions, vous tirerez de lui un certain savoir en rapport avec le niveau de vos questions. Si les questions sont pertinentes, les réponses aussi seront profondes. Ainsi donc, l’interprétation dépend de nous. (…) La Révélation ne nous montre pas ses secrets en nous parlant directement. Nous devons nous mettre en recherche de ces secrets et trouver les bijoux qui sont cachés là. Tout ce que nous recevons et obtenons de la religion est interprétation.

Ceux qui défendent l’idée de fixité dans la religion ne sont pas pleinement conscients de l’histoire de l’islam ou, tout aussi bien, de celle des autres religions. L’islam est une série d’interprétations de l’islam. Le christianisme est une série d’interprétations du christianisme. Et puisque ces interprétations sont historiques, l’élément de l’historicité est là. (…) Aller directement au Coran et aux hadiths ne vous donnera pas grand-chose. Vous devez aller à l’Histoire et, de là, revenir au Coran et aux hadiths afin de mettre l’interprétation dans son contexte historique. »

Dans cet extrait, il faut notamment retenir cette idée du questionnement : le croyant doit questionner le texte, comme le disciple doit questionner son maître pour avancer et acquérir le savoir. Cette idée de la dialectique est fondamentale en religion. Il faut apprendre à discuter, à dialoguer, à débattre. Les mutakallimûn furent les partisans du kalâm. Ce dernier peut se traduire comme la science de la parole. Ils s’opposaient aux muhaddithûn, les partisans du hadith et de la tradition, qui abandonnèrent tout effort d’interprétation (ijtihâd) en se contentant de suivre par imitation les règles prophétiques et ainsi en figeant l’interprétation du texte. Le kalâm prône ainsi la discussion théologique. On retrouve son équivalent en Occident à travers la scolastique (du latin schola, école), visant à concilier l’apport de la philosophie grecque avec la théologie chrétienne.

Ces méthodes s’inspiraient de la nécessité d’user de la dialectique : qui est l’art de la discussion, du raisonnement, et de l’interprétation. Le terme grec dialektikos inclut l’idée de converser habilement et de trier, distinguer. Cette méthode a été systématisée dans les dialogues de Platon à travers la figure de Socrate et la maïeutique : l’objectif étant, par le dialogue entre deux personnes, de faire « accoucher » l’interlocuteur d’une connaissance qu’il possédait en lui sans s’en rendre compte.

Cette méthode est proprement éducative : elle ne vise pas à apporter des vérités toutes faites, un contenu prêt à penser et à appliquer, mais elle vise à faire l’effort de se questionner, de discuter, d’associer aussi des contraires et de résoudre des paradoxes. La forme est ainsi plus importante que le fond. C’est une méthode d’approche de la connaissance. Ainsi, le Coran, par sa richesse de sens, ses mystères, incite tout lecteur à se poser les bonnes questions par ce mouvement de pensée dialectique. À une différence près, ce mouvement dialectique ne vise pas forcément la synthèse, ou encore le compromis. L’objectif serait de prendre conscience de ce paradoxe de la condition humaine et de faire fonctionner ensemble les parties du problème, de les montrer, et de ne surtout pas aplatir ou réduire le texte coranique à un seul élément du paradoxe.

À partir de cette réflexion, pourquoi ne pas voir le Coran comme un texte éducatif qui enseigne plus que comme un texte qui impose ? Ce Livre sacré est suffisamment riche pour y trouver une véritable pédagogie de la liberté, de l’autonomie et de la responsabilité pour aider l’Homme à s’affranchir. Le Coran incarne le mouvement, réconcilie les contraires en appelant sans cesse à voir les mots et les concepts sous tous leurs aspects même antinomiques.

Les articles de ce site n’ont pas l’intention de respecter les canons de l’exégèse coranique. Le but est de s’affranchir de ces cases. Ils n’ont aucune prétention d’apporter la Vérité, mais simplement de montrer que l’interprétation du Coran ne doit pas être le monopole des savants musulmans. Tout individu musulman, ou non, doit faire cet effort d’interprétation (ijtihâd) pour que le texte se révèle à lui-même avec la même force qu’il fut révélé au Prophète Muhammad. Chaque être humain a la capacité de s’approprier le texte en essayant de le comprendre à partir de son individualité sans aucune contrainte normative, mais simplement en s’efforçant de retrouver l’Esprit et l’intention divine du texte coranique par une méthode de pensée rationnelle et dialectique.

L’objectif est de montrer que le Coran est avant tout une méthode et non un contenu de lois. Methodos signifie d’ailleurs la « poursuite ou recherche d’une voie, un chemin », c’est une manière de conduire sa pensée, de faire quelque chose, dans un certain ordre avec toute sa raison et son discernement. La méthode apporte une certaine rigueur à la pensée. La Voie droite (al-sirât al-mustaqîm) du Coran ne serait-elle pas justement une méthode à utiliser pour réfléchir plutôt qu’un contenu de normes juridiques et sociales préétablies et immuables ? »

Source : « Prendre le Coran dans sa globalité pour lutter contre l’extrémisme », article publié sur le site mutazilisme.fr de l’ARIM (Association pour la renaissance de l’islam mutazilite), 6 décembre 2015

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