Catégorie : Quelles alternatives ?

« Islam progressiste : de l’urgence de déconstruire les clichés » (Eva Janadin)

L’article publié par Sylvie Taussig et Karim Ifrak le 1er février 2019 sur le site The Conversation et intitulé « Des imams femmes pour la France ? » fait preuve de nombreuses inexactitudes, voire de procès d’intention, bien loin de l’expertise universitaire et de l’exigence journalistique dont le site The Conversation se réclame. Je saisis donc ici l’occasion de répondre aux co-rédacteurs de l’article.

« Islam de France : Regardons au-delà de l’organisation du culte » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Organiser le culte et les institutions, bâtir à partir de l’échelon local, consulter les musulmans sur leurs besoins, mutualiser les moyens d’action, surveiller les financements, etc. Tout cela est nécessaire mais insuffisant. Aujourd’hui, l’enjeu principal d’un islam qui veut renouer avec sa dimension universelle réside dans la création de véritables alternatives théologiques et spirituelles. Seules ces dernières permettront de construire un contre-discours pluriel pouvant résister aux forces de dissolution et de fragmentation engendrées par l’obscurantisme, le dogmatisme et le communautarisme islamiste actuel, et qui menacent notre société française. L’urgence qui s’est invitée à la table des musulmans du XXIe siècle est celle de rouvrir les portes de l’effort d’interprétation des textes, des dogmes et des pratiques de cette religion (ijtihâd).

« Islam de France : nous, « majorité silencieuse », faisons entendre nos voix » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Très régulièrement, la « majorité silencieuse » des musulmans dits « modérés » est appelée à se mobiliser pour contrer le monopole intellectuel du discours islamiste. Pourtant, nous ne sommes pas silencieux, loin de là. C’est au contraire à force de dire que nous sommes silencieux que nos voix ne sont pas prises au sérieux au sein comme en dehors de l’islam. Le problème, en revanche, est que nos voix ne portent pas assez car nous sommes bien souvent contraints à une vie spirituelle tapie dans l’ombre de l’intimité.

« Musulmanes et musulmans progressistes, sortez de l’ombre ! » (Abdennour Bidar)

« Mettre fin aux financements étrangers du salafisme, instaurer un contrôle public des organismes qui assurent le pèlerinage à La Mecque, instaurer une taxe sur le gigantesque marché du halal, instituer une formation obligatoire aux valeurs républicaines de tous les imams du territoire, etc.  Toutes ces préconisations du rapport rendu au chef de l’État par Hakim el Karoui sont indispensables. Elles ne règleront cependant pas le problème majeur de l’islam de France : son incapacité à faire émerger de ses propres rangs un mouvement progressiste capable de proposer un modèle alternatif assez puissant pour contrer l’idéologie islamiste – sous toutes ses formes, du radicalisme terroriste au fondamentalisme piétiste en passant par ce conservatisme étroit qui règne aujourd’hui presque sans partage dans l’ethos musulman.

« Jusqu’où adapter ses pratiques à la vie moderne ? » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Voici la cinquième et dernière partie du compte-rendu d’une journée d’étude et de dialogue organisée par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) en avril sur le thème : « Repenser sa vie spirituelle avec l’islam. Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? ». La fatigue quotidienne, un emploi du temps surchargé, des imprévus, les contraintes familiales et professionnelles sont autant d’éléments extérieurs qui nous empêchent parfois de répondre à un appel intérieur. Beaucoup de participants semblent regretter de ne pas pouvoir prier à l’heure ou de parfois devoir adapter les horaires de leur jeûne en raison de contraintes extérieures. Une trop grande adaptation aux rythmes effrénés du quotidien revient pour eux à enlever le sens de ces pratiques qui sont calquées sur les rythmes naturels du soleil et des astres.

« Adapter ses pratiques aux enjeux de notre temps » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Voici la quatrième partie du compte-rendu d’une journée d’étude et de dialogue organisée par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) en avril sur le thème : « Repenser sa vie spirituelle avec l’islam. Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? ». Les nouveaux enjeux contemporains poussent régulièrement les participants à reconsidérer leurs pratiques par nécessité éthique. Ces dernières sont pour eux de véritables outils pour répondre aux défis de notre temps comme l’écologie, la préservation de la santé humaine, la protection du règne animal, la surconsommation, les inégalités socio-économiques mais aussi les dérives de l’instrumentalisation du religieux par le politique.

« Soutien aux dé-jeûneurs ! » (Eva Janadin)

« Si mon ramadan est encore cette année riche en méditations, je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe d’amertume. Elle me vient des nouvelles médiatiques que j’ai pu croiser ces derniers jours. Chaque année, toujours la même rengaine. Une musique lancinante qui m’est de plus en plus insupportable. Des êtres humains ont de nouveau été agressés pour avoir osé enfreindre les « obligations religieuses ».

« De la volonté de trouver du sens à ses pratiques » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Voici la troisième partie du compte-rendu d’une journée d’étude et de dialogue organisée par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) en avril sur le thème : « Repenser sa vie spirituelle avec l’islam. Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? ». Aborder ses pratiques comme des devoirs religieux ? Pour les participants, cela n’engendre chez eux qu’un sentiment de culpabilité lorsqu’elles ne peuvent pas être suivies à la lettre. Il ne s’agit pas d’accomplir un rite simplement « parce qu’il le faut », sans le comprendre, ou encore pour « faire plaisir » à Dieu afin d’obtenir égoïstement sa place au Paradis. Beaucoup souhaitent sortir d’une approche quantitative et comptable du rite pour privilégier la qualité. Les pratiques doivent être libres pour que celles-ci nous apaisent et nous revitalisent intérieurement. Elles ne doivent pas susciter la crainte de Dieu, le désir de cumuler des bons points ou être incitées par la volonté de se faire bien voir par ses coreligionnaires.

« Vers une nouvelle sociabilité spirituelle en islam » (Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay)

« Voici la deuxième partie du compte-rendu d’une journée d’étude et de dialogue organisée par l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) en avril sur le thème : « Repenser sa vie spirituelle avec l’islam. Quelles pratiques islamiques pour notre temps ? ». De nombreux participants ont soulevé le fait qu’ils subissent régulièrement le regard culpabilisateur et moralisateur de leurs coreligionnaires sur eux dès lors qu’ils ont une approche singulière de leurs pratiques. Ainsi, certains se sentent mieux lorsqu’ils prient seuls chez eux plutôt qu’à la mosquée car ils ne subissent pas le regard d’autrui. Leur intimité est préservée quitte à ressentir une certaine solitude.